Rapport sur moi ?

par folaferrere

J’emprunte, à peine tronqué, son titre au livre de Grégoire Bouillet publié en 2002 chez Allia et récompensé par le Prix de Flore. Je ne le fais évidemment pas innocemment, et non pas seulement parce que me revient en mémoire ce soir de septembre dernier où nous buvions un verre ensemble, V., Emmanuel D. et moi, à côté de la 25e Heure qui serait quelques semaines plus tard la librairie partenaire de EFFRACTION #1 et où je le vis s’installer et commander un café juste en face de notre table.
Non, je le lui emprunte parce que s’il y a bien une raison à l’ouverture de ce blog, une raison autre que de ne pas vouloir confondre ce qui m’est propre avec les actions de Cid Errant Prod ni avec celles de E-FRACTIONS ÉDITIONS qui, quand bien même y mets-je beaucoup de moi, n’en sont pas moins la somme de ce que nous y mettons tous, mais bien celle-ci, cette injonction systématique à devoir en fournir un, de rapport sur soi, en tous lieux et en toutes circonstances, au point, soit de s’autocensurer ( plus personne ne faisant désormais secret de l’usage des réseaux sociaux que font les entreprises, tant pour recruter que pour surveiller leurs ouailles.) soit, se sentant traqué, de s’inventer un personnage de fiction ( comme si tenter de dire quelque chose de vrai sur soi n’aboutissait pas systématiquement, qu’on le veuille ou non, à l’élaboration d’une fiction dont il n’est même pas certain que nous soyons nous-même capables de démêler l’écheveau.). Le pire étant sans doute, lorsqu’on a décidé de ne faire secret de rien de ce qui nous occupe – le reste, qu’il y en ait encore pour y prétendre, ne cessant jamais de m’affliger – et où loge, toujours partiellement et provisoirement quelque chose de notre Désir, on finit par perdre nos destinataires tant désormais il semble impossible qu’ils parviennent réellement à se reconnaitre hors de l’expression de ces monomanies dont on fait les experts, ce fléau contemporain qui réduit les identités à moins que peau de chagrin, corsetant la pensée mieux que ne le sera jamais la poitrine des égéries cuirassées de la nouvelle norme ombreuse qui glapit sur les marges aseptisées de notre belle société de con-sommation. À croire que la figure du Cocteau touche-à-tout continue, si ce n’est d’agacer, d’inquiéter, au déni que le Désir, cet innommable qui soutient tous nos actes ne se circonscrit jamais tout à fait dans les fonctions ou les titres auxquels on s’obstine à vouloir le cantonner.( Un Désir ne saurait s’inscrire tout entier sous les noms pompier, écrivain, directeur, professeur, ni même dans celui de président du monde.)
Et bien qu’il me semble que pas même l’œuvre de toute une vie ne parvient à circonscrire tout à fait celui ou celle qui l’incarne, fatigué que l’on me pose sans cesse la question, cherchant à comprendre où se légitiment mes paroles et en même temps farouche défenseur d’une prise de parole responsable dont son auteur dit à la fois son nom et désigne le lieu d’où il parle, à l’heure de prendre, un peu plus concrètement encore, part à la bataille de l’édition (de littérature) qui s’amorce, j’ai décidé de réouvrir un lieu d’où je pourrais faire entendre une parole qui n’engagera jamais personne d’autre que moi…

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