Chronique(s) du lac.

par folaferrere

Rêver éveillé c’est bien, mais ça n’empêche en rien de cauchemarder.
Amazon is watching you ! via vos liseuses… comme Google, Facebook, Twitter, Linkedln et consorts via vos comptes ouverts chez eux… Mais, sauf à ce qu’il ne nous reste plus la moindre once de courage, survivront pourtant à cette tentative d’évaluation du lectorat, de vrais éditeurs assumant leurs choix exigeants, soutenus par un réseau solide de libraires indépendants, et ce en dépit du diktat d’un lectorat de masse qui a déjà et toujours su imposer aux plus cupides et cyniques de l’édition traditionnelle les fadaises insipides qui remplissent les caisses en même temps qu’elles finissent de vider les têtes…
C’est en tout cas ce que je me disais ce matin, le nez plongé dans ma première tasse de café, toujours là, face aux Alpes, cherchant parfois à deviner l’Italie derrière le col de la Forclaz, tandis que les JO vont bon train, que l’on s’extasie ici ou là, IRL ou sur la Timeline des réussites françaises ou que l’on moque l’échec de l’insupportable starlette(sic) avec la violence des faux humbles rancunieux.

Ici, sur les bords du lac, la température ne descend que rarement en dessous des 30 degrés, chauffant à blanc ces pelouses pelées où jonche la bonne société, emmitouflée dans ses âprets pudiques et sophistiqués tandis que nous vaquons à demi à poil, V, le petit A et moi qui ai abandonné toutes chaussures il y a plusieurs semaines sans que cela ait le moindre rapport avec le dernier livre de Chloé Delaume, Une femme avec personne dedans ou peut-être que si, mais avant même qu’il ait été écrit, lorsque j’étais déjà le petit garçon le plus heureux du monde, pieds nus durant tout l’été, sur le pont du bateau comme sur les quais à l’asphalte brulante ou sur le carrelage toujours lavé au savon noir avec la même obtuse passion par ma grand-mère et que les réprimandes comme les fessées n’avaient aucun effet ; que je défiais l’ordre et la bienséance après avoir renvoyé aux calendes grecques de septembre mes mocassins vernis, avec ou sans gland, mes culottes courtes en flanelle, mes chemises blanches amidonnées et mes pull à col en V dont s’obstinait à m’attifer ma mère. Petit lord Fonteleroy au caractère de chieur et à la main plus leste à distribuer des baffes qu’à rédiger proprement le moindre exercice sur ses cahiers d’écolier et qui savait peut-être déjà qu’une femme, qui aurait jeté son dévolu sur lui en vertu de son choix de chaussures, n’en aurait pas valu la peine…

La guerre civile se poursuit dans l’indifférent malaise quasi général, personne ne sachant réellement s’il faut choisir entre la peste assadienne ou le choléra salafiste – la détermination de l’exacte variante qui sévit dans les rangs de l’ASL appartenant plus sûrement à Mme Irma qu’à n’importe quel expert de bureau ou de terrain – la perspective d’une islamisation radicale de la Syrie effrayant par avance et au plus haut point une communauté internationale prise d’une forme rare de la danse de St. Guy à force de devoir jongler entre les intérêts stratégiques des différents gouvernements et la bonne gestion d’une opinion publique avantageusement en vacances et/ou devant les JO.
À Paris, réfléchissant déjà ardemment aux choix cornéliens de ses attifements automnaux une énième et redondante rentrée littéraire essentiellement axée sur le roman grand public et ses 25% de part de marché se prépare tandis qu’à quelques uns ne craignant ni le nombre ni la taille de nos adversaires, nous fourbissons nos armes, prêts et décidés à ouvrir ces minuscules brèches qui décongestionneront la baudruche à défaut de parvenir à la dégonfler tout à fait…

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