Sous le bleu du ciel, un pas après l’autre…

par folaferrere

Comme toutes les bonnes choses, notre séjour ici a touché à sa fin. Le temps de reprendre nos errances est revenu et avec lui l’encombrement bagagier et la route. Je me rends compte qu’avec les années, j’aime toujours aussi peu partir. Quand bien même l’ai-je décidé et bien que j’aime la route, le voyage, les rencontres ou que je sache que la destination est belle. Je crois que je n’aime tout simplement pas quitter, que je n’aime pas perdre, fut-ce provisoirement, celles et ceux que j’aime. Et pourtant, depuis que j’ai pris la décision de vendre le mas accroché au sommet d’un hameau des contreforts des Cévennes, acheté à vingt ans pour une bouchée de pain et rénové pierre par pierre durant presque une décennie, nous n’avons jamais plus cessé d’errer ; allant même, les meilleures années, jusqu’à demenager deux fois. Depuis que le petit A. est entré à l’école primaire, nous nous efforçons toutefois à nous limiter à un, ce qui n’est déjà pas si mal. Et j’avoue qu’il me fait rire – et sans doute aussi qu’il me rassure quant à la manière dont il gère cet incessant bringuebalement que nous lui imposons – lorsque je l’entends motiver son apprentissage de la voile au prétexte de ce voyage autour du monde, que nous avons un jour évoqué pour son année de seconde.
Sensation tout de même étrange parfois de se savoir partout et nulle part chez soi, sans lieu réel auquel se raccrocher et où subsisterait, pour toujours, quelque chose de soi, qui serait ce point fixe dont on s’éloigne et auquel on revient, de loin en loin, pour se souvenir… Mais de quoi ? D’un soi déjà effacé par le temps, par la vie, par ses rires et ses pleurs ? Un lieu réel comme avatar à ce que nous ne savons pas (plus ?) construire et préserver, ces foyers qui existent pourtant sans ces murs qui deviennent si souvent leur tombeau.
Sans doute que ceux du mas me servaient de palliatif, blocs massifs de pierres et de chaux que je remontais au même rythme que je me construisais, autour de ces premiers carnets qui restaient désespérément vides ou que je salopais de mots et de phrases que je savais on ne peut plus éloignés de la vérité, forcloses dans ce limon des tristesses adolescentes dont je ne parvenais pas encore tout à fait à me défaire… Jusqu’à ce que je sois enfin prêt, que les deux ou trois premières pages d’Incorrigible et Satisfait soient écrites et qu’en les relisant je sache, bien malgré toutes leurs imperfections, que je ne me cachais plus ; que peu à peu tomberaient sur le sol les derniers oripeaux de faux-semblant qui maculaient jusque-là mon écriture, masque d’encre aux traits grossiers, masque de clown triste jouant une mélodie cancanière sur un piano désaccordé…
Depuis que je n’ai plus ces murs, j’aime et écris, mes carnets, mes livres et le foyer de celle que j’aime sont devenus l’unique chez moi que je puisse réellement revendiquer, et sous le bleu du ciel bataillien de ce petit matin, doucement, un pas après l’autre, les yeux décillés, je continue à avancer en souriant…

20120809-152853.jpg

Publicités