Rien…

par folaferrere

Rien en fait…
Un énième craquage dans une librairie, un petit moleskine, un stylo, un iPad mini, un paquet de clopes et un briquet, des lunettes de soleil, un double express bien tassé et l’effroyable bruissement d’une zone commerciale un samedi matin tandis que les garçons sont partis au ciné se divertir d’une quelconque surproduction hollywoodienne et que Vanda chaule les murs… Comme si cette lutte pied à pied qu’elle mène dans notre refuge, pouvait endiguer la vague de moisissure rance qui monte au loin… Là, tout près…
Pour ne pas sombrer, tous les moyens sont bons, je le sais… Fouiller le pire éreinte…plus que le mouvement d’une éponge pleine de chaux sur un mur… Son écriture la guette, elle le sait, moi aussi… Chaule Vanda, chaule avant de revenir au pire…

Le ciel est bas et lourd, dans moins de dix jours le devoir de réserve légal qui me tenait vaguement – plus par souci de ne leur laisser aucune chance, aucun recours possible que par crainte d’hypothétiques représailles dont la menace n’a jamais eu de prise sur moi… non, juste les priver de toute jouissance, fut-elle aussi vaine qu’éphémère – sera levé et je pourrais publier le récit de ces huit mois et demi passés au cœur de ce que j’ai fini par appeler « la colonie carcérale« …
Je me le suis promis…à moi d’abord, à eux ensuite, à chacun de ses mômes dont le souvenir me hante… peut-être plus encore lorsque l’un de ces discours politiques creux ou l’une de ces actions veules, me rappellent à la violence de cette guerre en cours qui ne dit pas son nom…

Chaque écrivain a sa voix… il n’existe pas de concurrence réelle entre nous, seulement celle, factice, que nourrissent les structures commerciales qui relaient nos voix… mais nous ne parvenons pas toujours à donner à notre voix la force de porter nos récits… c’est là l’unique question qui vaut, le reste, tout le reste n’est qu’un décor de carton-pâte qui occupe la tristesse hagarde de nos aréopages… rien de plus… Trouver la force de raconter… Pas pour résister, non, il n’est plus temps… Ni pour se colleter de front avec le monstre, l’illusion d’être de taille devrait nous avoir quitté, non, seulement pour ouvrir des brèches, créer des passages vers un ailleurs parallèle, au cœur même de la langue, un lieu autre au milieu du bordel, un ou des lieux dans des temps autres… Ce n’est pas tout ce qu’il nous reste, non, c’est ce que nous avons d’irréductible, d’indestructible, que rien ni personne ne pourra jamais nous prendre… La force de la langue, nos langues, uniques, irrémédiables, incontrôlables, qui peuvent créer autant de mondes où vivre qu’ils massacrent l’Unique qu’ils s’acharnent à nous vendre…

Rien donc, seulement cette angoisse toujours présente, cette crainte diffuse de ne peut-être pas trouver la force… Pas la page blanche, le son, ce chant qui ne ressemble qu’à moi et qui compte plus encore que le sujet… Parce que sans cette petite musique-là, c’est l’universel reportage que nous nourrissons et renforçons… Et ça, c’est la pire des trahisons que nous puissions commettre…

20130824-123333.jpg

Advertisements