Portrait (dévoyé) du post-punk en jeune imbécile.

par folaferrere

Entre deux rendez-vous, nous avons pris le temps de déjeuner. Le temps nous était compté, pour changer… Comme chaque fois qu’il est question de surfer sur le désir, cet innommable qui n’en a pas plus à faire des circonvolutions de salon que de cette société des loisirs qui finit par mieux nous obliger que le plus asservissant des jobs qu’on pourrait écumer en quelques quarante ou cinquante années de travaux forcés…

Les yeux jaunes de Vanda luisaient dans le rayon de soleil qui traversait la baie vitrée donnant plein sud sur la voie rapide où grinçaient encore les lourdes mâchoires des engins de terrassement qui y œuvrent depuis des mois…
Une longue mèche de cheveux noirs lui barrait le visage et je me disais qu’après Dante, c’est Albator qu’elle mettrait bientôt au chômage…

Le brouhaha ambiant luttait avec la sono que la direction s’obstinait à nous infliger de peur sans doute qu’une certaine idée du silence ne puisse nous séduire…
En m’asseyant je l’avais repéré, sa haute crête, noir de jais, pointant ses mèches érectiles vers les plaques du plafond, de petites lunettes élégantes chevauchant l’arête de son nez. Assis à une table de nous, il pérorait au milieu de sa clique, l’american apparel glissant volontairement de ses épaules, son Gstar surdimensionné laissant apparaître son freegun rose à têtes de mort tir-bouchonnait sur ses baskets montantes cloutées…
Il maugréait tout haut contre la maigreur de son salaire qui imposait de si injustes limites à son besoin de consommer…
Le vent soufflait dehors et l’envie d’aller m’en griller une le disputait avec la vilaine tentation de salement lui arracher son joli scalp gominé…gros minet…
Enfant perdu recyclant tout sans avoir rien digéré… Décérébré mutant qui enchaînait les photos selfies pour alimenter son compte FB avant d’aller gentiment reprendre son poste chez le concessionnaire allemand installé sur l’autre flanc surplombant la voie rapide…
L’envie d’en griller une avec mon café l’a emportée… et puis le claquement des bottes de Vanda sur les pavés ont fini de m’aider à chasser cette bien vilaine idée…

Le soleil semblait moins crasseux dehors, nettoyé par le vent du nord qui soufflait de plus belle… 5 minutes après que nous soyons sortis, l’un des mômes de la clique est venu me taxer du feu, un œil sur moi, l’autre sur le visage de Vanda qui rayonnait… J’ai souri. Finalement, l’essentiel survivrait…

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