Mon (saint) ami Valentin

par folaferrere

Extrait de « La Dolce Vita » paru dans le recueil « Aimer c’est résister », en février 2012

Nous étions le 14 février, ce siècle n’avait que quelques semaines et je me refusais à croire que je te cèderais ce soir encore.
Je haïssais les fêtes comme je les hais aujourd’hui et celle-ci pas moins que les autres, ces grandes nausées obligatoires qu’il faut révérer dans l’enthousiasme et la concorde, de toute manière piégé, que l’on y cède ou que l’on s’y refuse, avers et envers d’une seule et même médaille dont toute tentative d’échappée ne permet, au mieux, que d’imiter la pathétique pantomime d’un goujon hystérique tentant de fuir l’hameçon sur lequel il est empalé…

Et dieu sait que je m’étais fait une joie à l’idée de passer cette soirée avec le colossal Bryan D. à noyer sous quelques hectolitres de Guiness ce pauvre Valentin, ce petit parangon des amours sans venin, saint débarrassé de l’homme, dont nous aurions moqué la figure muette et le corps vain, Bryan ahanant des vers de Yeat’s entre les larmes de son violon irlandais, imaginant les globes oculaires de l’angelot poussés sous les arceaux d’un jeu de croquet, en scandant le beau nom de Bataille dans les ruelles désertes jusqu’au petit matin.

Pourtant, si je refusais de croire, je savais dès ce matin-là que je serais incapable de m’éloigner de toi ce soir-là, qu’il me serait impossible de te laisser seule, souffrir la double stupidité de cette farce mièvre pour gosses imbibés de Ritaline et de ma propre bêtise à vouloir singer une liberté qui ne s’écrivait plus, depuis longtemps déjà, loin de toi…
La seule infidélité qui soit n’étant que celle qu’un homme peut se faire à lui-même et fuir celui ou celle qu’on aime la plus absurde qui soit….

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