Journal d'un hétérotope

"Il n'y a pas de hasard, juste une conjonction de forces désirantes."

Le bleu(té) des choses…


Écrire, c’est gâcher sa vie. Je vis avec cette sentence qui résonne dans ma tête depuis des mois. Je me couche et je me lève avec. J’ai beau multiplier les diversions, m’agiter dans tous les sens – et dieu sait que dans ces cas-là je suis capable de développer des trésors d’imagination – me dire que cette phrase résonne comme la question stupide d’un talk-show ardissonnien, rien n’y fait, elle tient bon et refuse catégoriquement de me foutre la paix. C’est devenu tellement insupportable que j’en suis là, à tenter d’écrire dessus à la terrasse d’un bar avignonnais, un beau matin d’été, alors que ma seule obsession devrait tenir à savoir si, oui ou non, je prendrai des huîtres avec mon petit blanc aux Halles tout à l’heure. (Ou éventuellement de quelles moqueries ravageuses je vais assaisonner mon pince-fesses de 13h.)

D’être à Avignon, en plein festival, n’arrange sans doute rien. Je sais le prix que toutes celles et tous ceux qui sont là paient sans certitude pour participer à cette gigantesque foire aux 1480 spectacles qui se révélera mortelle pour 80% d’entre eux, une mise en chair et en os du pari de Pascal au milieu de laquelle règne la meute des charognards. C’est beau comme le désespoir.

Il me semble que c’est mon ami Éric Bonnargent qui écrivait il y a quelques années dans son petit essai, Atopia, que seuls ceux qui ne sont bons qu’à ça devraient écrire. Ce que je ne peux m’empêcher d’entendre comme : celles et ceux qui n’ont plus rien à gâcher, évidemment.

Et ce n’est pas le très beau Fuck America que j’ai vu jeudi soir, texte d’Hilsenrath adapté et mis en scène par mon ami Laurent Maindon cette année au Nouveau Ring, qui sera venu m’aider à dévier de cette pensée têtue…


Évidemment, il n’est pas question ici des bluettes insipides et sans conséquence nourrissant le gros du flot de la poubellication qui nous submerge depuis des décennies. Les bataillons de non-littérature qui n’ont d’autre fonction que d’alimenter le léviathan insatiable de la distribution sur lequel repose désormais tout entier la santé économique de l’industrie du livre – et accessoirement de nous distraire – mais bien des textes qui coûtent, qui exigent, cul et ventre nus, qu’on mette sa peau sur la table. Ceux qui nous tuent. Ceux qui me tuent devrais-je écrire au lieu de tenter une fois de plus de m’éviter. Ceux qui n’offrent pour autant pas la moindre garantie de quoi que ce soit, pire même, sans doute, que leurs vagues cousins lointains qui n’ont d’autre en commun avec eux que l’habit d’impression dans lequel on les met en page et qui à lui seul justifie qu’on les vende… Ça ressemble à un livre, ça sent comme un livre, ça pèse et coûte comme un livre, d’ailleurs c’en est un… mais qui compte à peu près pour rien. Mais la question se poserait de l’écrire ou de les écrire que je pourrais me satisfaire des innombrables problématiques de l’impuissance, de l’angoisse de la page blanche, du fantasme de porter en soi des textes qui comptent alors qu’en réalité on est aussi vide que l’époque, plein de vent comme l’outre offerte par Éole à Ulysse sur le chemin d’Ithaque… Sauf qu’écrire, que jeter négligemment ma peau sur la table, pour le coup, je l’ai fait, porté par l’hubris (oui, oui, sans doute que les dieux auxquels je ne crois pas me le feront payer cher, je n’en doute pas.) entretenu par une femme dont le jugement littéraire compte, porté sans doute aussi par l’avis de mes éditeurs que je maudirais volontiers de me pousser sur cette voie – comment pourrais-je l’écrire autrement ? Ce sillon, cette crevasse, ce gouffre, cet abîme ?), cette voie que j’avais si soigneusement évitée ces dix dernières années, sauf surgissements épars et incontrôlés, comme en 2014 pour le recueil de soutien au Refuge… À moins de parler de veine, cette veine qui charrie le sang, la mémoire de tous mes sangs, dont rien ne m’a jamais permis de me débarrasser. Pourtant j’aurais voulu, voulu de toutes mes forces m’accorder le droit à l’oubli, passer comme Keith Richards mon sang en dialyse pour le laver de toutes les scories qui s’y accrochent et le hantent, s’endorment et puis surgissent pour s’imposer au milieu de ma vie – de toutes mes vies – envers et contre tout, sans que rien, jamais, ne parvienne réellement à s’y opposer. Pas même l’existence de mon fils ni la possibilité d’une (hét)éros-topie qui m’arrache pourtant au gourbi de ce monde comme il va.

Alors, quoi ? Je n’en sais foutre rien, je ne suis résolu à rien, sauf à chercher un abri dans les replis du monde pour lécher ces plaies où ne cesse de porter le fer dès lors que les mots commencent à s’aligner les uns derrière les autres sur ces foutues pages blanches… Si j’avais pu tout bêtement renoncer à écrire, si la littérature n’était pas tout ce qui me préoccupe, que j’étais parvenu ne serait-ce qu’une seule fois dans ma vie à lui préférer n’importe laquelle des opportunités dont j’ai été (peut-être injustement) abreuvé, si je n’étais pas obligé d’admettre que je sais parfaitement que ce texte clos en décembre dernier porte en lui tout ce qui innerve chacune des lignes qui m’échappe, qu’à cette période 85-91 je dois d’être ce que je suis et que dès lors, la recouvrir d’un mouchoir et prétendre qu’elle n’a jamais eu lieu est impossible, je ne serais sans doute pas ici, à cette table de bar en train de batailler comme un chien avec moi-même… Je sais le prix que je devrai payer, que je renonce à sa publication ou que j’y cède, je sais que mes alternatives n’en sont pas, qu’au fil des ans, j’ai fini par réussir à me jeter au pied du mur et que là, la fuite n’est plus possible et dans le fond, que cet état infernal dans lequel j’erre depuis des mois ne tient qu’à ce savoir-là, que maintenant que ce texte existe, je suis fait comme un rat…

Et que la poussière soit…


Et que la poussière soit…
Qui a lu un jour John Fante a lu Demande à la poussière et donc la préface écrite par Bukowski en 1979 dans laquelle il raconte comment il l’a découvert parmi les rayons d’une petite bibliothèque ( petite bibliothèque, sans vouloir lourdement insister sur le rôle éminemment essentiel des bibliothèques entre les murs desquelles, non seulement dorment encore, parfois, affalés sur des piles de livres (ou des claviers de PC connectés), des clochards, mais aussi, potentiellement, les ouvrages de génies que la foudre du marketing et de la communication petit bourgeois a raté…), comment il a trouvé de l’or et qu’il est resté là, planté, incapable de se détacher des phrases qui s’enchaînaient et coulaient sur les pages, chacune comme irisée de sa propre énergie vitale, mêlant l’humour et la douleur en une géniale simplicité. 

Pour le coup, moi aussi je me rappelle très bien à quelle occasion j’ai rencontré la littérature de John Fante, c’était à l’été 2000, un soir de la fin juillet, sur la terrasse de L’Antidote, place de la Canourgue à Montpellier. Pour moi aussi ce fut par l’intermédiaire de Demande à la poussière – et de Mon chien stupide – que je la découvrais. Il faisait incroyablement chaud et je buvais encore à la chaîne – en vrai tayloriste de l’ingestion de cocktails – les margaritas bleues que me préparait spécialement JR chaque fois que je venais – soit presque tous les soirs depuis des mois – lorsque j’estimais avoir enfin terminé ma journée et que l’urgence me commandait d’aller noyer l’angoisse qui revenait au galop coloniser mes tripes et mon cerveau, en général juste après que je me sois infligé de relire les cinq, six ou sept pages de ma production littéraire quotidienne, écrites au stylo sur les petits carreaux d’un grand cahier d’écolier, comme j’avais toujours écrit jusque-là.

J’allais avoir vingt-huit ans et depuis le mois de novembre 1999, je m’étais jeté à corps perdu dans l’écriture de ce qui deviendrait mon incorrigible premier roman et qui en attendant m’avait tenu lieu de bouée de sauvetage au milieu du désastre auquel il était impossible de ne pas identifier ma vie. 

S. m’avait donné rendez-vous pour discuter de mon manuscrit qu’elle venait de lire ; avec V. notre relation commençait tout juste à s’inscrire dans la durée et le point final mis à mon roman me laissait plus seul et plus démuni que jamais. Quelques années plus tôt, la mère de S. avait elle aussi tenté d’aiguiller mon travail littéraire qui surgissait parfois, par bribes, comme ces épisodes cévenols qui tendaient à dessiner ma climatologie intime depuis près de dix ans. Je me doutais que S. me reprocherait un mélange des genres et une touffeur excessive, presque oppressante, sans doute, pour tout autre que moi, mais sur laquelle il n’était pas question – et surtout impossible – que je revienne tant elle me semblait exprimer au plus juste le maelström de sentiments à l’œuvre en moi depuis que M. m’avait quitté l’été précédent en tirant derrière elle le fil qui déroulerait intégralement la bobine d’une vie que je m’étais efforcé de croire aussi durablement que solidement constituée…

Quelques années auparavant sa mère m’avait prêté Sexus d’Henry Miller, et offert Chronique d’une mort annoncée de Gabriel Garcia Marquez avec cette petite dédicace laissant entendre que si un si grand écrivain avait pu écrire et publier un si petit livre alors moi, peut-être, un jour, en écrirais-je un grand.

Ce soir-là c’était elle qui était passée chercher les versions poches de ces deux indispensables Fante à librairie Sauramps, titres qu’il est aujourd’hui impossible de trouver, sauf aux prix exorbitants de 22€ pour le grand format papier et 15,99€ pour sa version numérique et peut-être – mais ayant écumé un certain nombre de librairies spécialisées dans la seconde main sans en avoir trouvé, j’en doute – d’occasion, dernières reliques de l’œuvre d’un géant de la littérature, comme cet unique exemplaire de Demande à la poussière négocié une petite fortune par son fils, Dan Fante, dans une boutique d’occasion de Los Angeles, quelques heures à peine après que son père soit mort, épisode qu’il relate dans cet autre livre nécessaire qu’a sans aucun doute été pour lui son Rien dans les poches, également publié en France en 1996 par Robert Laffont, repris par 10-18, puis par 13e Note et enfin dans la collection Point du Seuil avant que les éditions Christian Bourgois ne s’attachent au reste de son œuvre quelques années après avoir déjà jeté leur dévolu sur celle de son père… 

Incontournables donc, les Fante ? Sans doute, oui, sauf qu’aujourd’hui, nul jeune aspirant écrivain aux poches trouées, au nez qui coule et à l’ego au bord de l’atomisation ne pourrait prendre la violente et salvatrice claque d’une rencontre avec leur œuvre puisque l’éditeur français qui en retient – oui, je n’ai volontairement pas écrit détient – les droits ne semble pas décidé à permettre sa réédition en poche et sans doute encore moins en numérique.

Je ne vais pas revenir sur l’exergue qui trône à l’entrée de ce lieu, parce qu’évidemment qu’il n’y a aucun hasard ni aucune envie subite et encore moins de commande pour expliquer que je revienne aujourd’hui aux Fante, si ce n’est mon retour à ce nouveau tapuscrit qui attendait depuis plusieurs mois que je le reprenne et dont le socle bipartite s’enracine à l’époque de ma rencontre avec Arturo Bandini et, entre autres, l’épisode de ses deux jours collés à sa machine à écrire pour n’en sortir que ce putain de mot vain, palmier, écrit à longueur de pages qui, sinon, seraient restées désespérément blanches et dont le souvenir me hantait tandis que semaine après semaine je perfectionnais comme jamais mes techniques d’évitement de cette table de travail où, cul et ventre nus il aurait fallu que j’arrache ma peau pour l’y tatouer de ce si censément salvateur et si assurément lamineur mot fin.

Cependant, cette violente et salvatrice claque dont je regrette que tout jeune aspirant écrivain venant de se jeter dans l’arène pourrait, aujourd’hui, se retrouver privé, pour moi à l’époque, fut moins la confrontation à un style dont j’étais déjà suffisamment lucide pour savoir que, ni à ce moment-là, ni jamais, je ne me rapprocherai, que la découverte qu’écrire – je veux dire que réussir à écrire – même jusqu’à ce terrible mot fin, ne garantissait en rien que l’on ne puisse pas encore échouer, et échouer non pas romantiquement comme un John Kennedy Toole se suicidant avant d’être publié, mais bien plus salement encore, en reniant jusqu’à la plus infime part de soi, alors qu’on a pourtant su trouver le courage de mettre sa peau sur la table, comme John Fante se livrant corps et âme, jusqu’à la rognure de l’os – et ceci, dans le cas de Fante, n’est pas tout à fait qu’une image – dans la gueule visqueuse du Léviathan social, qui en l’occurrence, pour lui, prit les traits d’Hollywood, épuisé par cette lutte pour survivre, et rongé par la honte et la culpabilité d’infliger à ses proches les affres d’une vie de misère toute entière consacrée à cette seule et unique injonction crépusculaire – crépusculaire parce qu’au fond, et c’est sans doute ça le pire, manqué ou rattrapé par le succès, rien n’atténue cet état de guerre permanente qu’on impose à tous ceux qu’on aime – : écrire, à n’importe quel prix, ne serait-ce qu’une seule toute petite vraie phrase qui vaille la peine qu’on s’en souvienne…

Voilà pourquoi, sans doute, il m’est impossible de me faire à l’idée qu’aujourd’hui, en 2016, l’héritière d’un grand éditeur français puisse laisser la mesquine et minuscule raison comptable l’emporter sur son devoir – devoir qui porte à lui seul toute la grandeur du beau nom d’éditeur – de permettre que cette œuvre nécessaire soit largement disponible en livre de poche et à tous petits prix en version numérique, au même titre que n’importe quel autre classique essentiel de la littérature mondiale…

Facebook, et moi, et moi, et moi…

Sans doute ai-je du, comme tant d’autres, me promettre un jour ou l’autre de ne jamais aborder ce sujet, de ne pas donner au réseau dont en dix ans le nom est quasiment devenu aussi dur à exclure d’une conversation que ne l’ont été pour Perec les e dans La disparition, une importance que je me refuse obstinément à lui accorder. Comme tant d’autres également, je l’ai utilisé, pariant sur son potentiel rôle de média alternatif, ce qu’il sembla être, pour moi en tout cas, un temps au moins, entre 2007 et 2010. Mais depuis ? Depuis j’ai tourné, viré, râlé, mais j’y suis resté à faire de petits ronds dans l’eau de crainte de… De crainte de quoi d’ailleurs ? De perdre de cette visibilité factice qui tient toute entière à quelques statuts drôles ou piquants ? Aux jolies photos de couchers et levers de soleil pris depuis la table d’orientation du site des Moulins de Faugères où, un temps, j’ai établi mon campement d’indécrottable vagabond ? Et après ? Même ce rôle de poil-à-gratter de l’édition que j’ai bien voulu endosser en incarnant largement E-Fractions Éditions et le combat pour que l’édition numérique de littérature soit cette troisième étape essentielle – après l’invention de l’imprimerie et la création du livre de poche dans les années soixante du siècle dernier – de la révolution pour l’accès de tous à la littérature et ce formidable outil pour tenter de suturer cette plaie béante au cœur de la fracture sociale que représente à mes yeux la Fracture numérique  qui ne cesse de s’accroître et que seuls bibliothèques et bibliothécaires seraient en mesure de réduire si tant est que l’on veuille bien – nous, éditeurs de littérature – leurs donner quelques moyens pour y parvenir, en a-t-il réellement pâti depuis le 12 février dernier que je n’ai plus ouvert – pas même une fois – mon compte Facebook ? Hum ? Sincèrement je ne crois pas, non… J’ai quitté le petit cercle – de plus en plus petit au fur et à mesure que Facebook modifie ses critères d’ailleurs – concentrique au centre duquel je pouvais me raconter que… Que quoi, d’ailleurs ? Que toute ma visibilité et avec elle celle des idées de fond que je tente de défendre soient réduites aux astuces creuses de communication ou de marketing dont nous finissons tous par user, pris dans les rets de la machine, tristes mimes d’une société du spectacle qui en cinquante ans est même parvenue à devenir la caricature d’elle-même… Exister, coûte que coûte, au prix, une fois par jour, voire plusieurs fois par jour, de participer à cette reductio ad absurdum de soi, de la complexité qui fait la richesse d’une singularité, bref, en déniant la Littérature elle-même au prétexte de la défendre… Absurde, donc.

Ceci étant, l’abandon de mon compte Facebook ne résulte en rien de je ne sais trop quelle bonne résolution à la mode, de je ne sais quel farouche besoin d’#unpluging – pour le moins on pourra s’amuser de l’équivoque de cette expression passée à la moulinette du globish, langue de la mondialisation s’il devait y en avoir une – appuyé sur le courage que m’aurait offert un célèbre désigner de lunettes de soleil ou je ne sais trop quel besoin primaire d’un retour aux sources – de quoi ? Lesquelles ? On ne saura sans doute jamais, mais qu’importe, tant que seront aussi nombreux les acquiescements, muets, mais entendus, lorsqu’on évoque ce nécessaire retour – bref, pour le coup, il n’y avait rien de réellement pensé dans cet acte, rien au-delà de l’urgence dans laquelle je me trouvais à ce moment-là, non seulement de terminer le premier jet d’un tapuscrit qu’il me fallait rendre prestement et la préparation d’une compétition de judo qui exigeait de moi un tant soit peu de concentration. Ne pas ouvrir mon compte relevait simplement de la sagesse, que j’imaginais toute provisoire, de ne plus céder à la vorace chronophagie du réseau ou à la tentation néfaste des effets d’annonce, ce par quoi, sans doute, on sombre dans le comble de l’absurde, comme en juillet 2015 lorsque j’avais vu un post annonçant ma prochaine rencontre à Barcelone avec l’écrivain espagnol Javier Cercas, réunir près de 150 likes en quelques heures tandis que quelques semaines plus tard, la première partie de cette même itw enfin mis gratuitement en ligne n’était pas visionnée par plus d’une trentaine de personnes en plusieurs jours… Comme si le réseau s’était donné la peine de me rappeler ce que je ne pouvais plus ignorer depuis longtemps, à savoir que désormais le like vaut pour acte… Que cliquer sur un bouton like, vaut pour engagement… Et ce n’est pas le succès virtuel de ces notes que j’accumule à nouveau ici depuis un mois et la réalité de leur lecture qui viendra infirmer cette évidence… 


Alors quoi ? Alors rien, je ne rouvrirai simplement pas mon compte Facebook, d’autant que cet acte que j’imaginais parfaitement anodin – ce qu’in fine il est pour moi, c’est à dire rien de plus qu’une mise en cohérence de mes pensées et de mes actes – a provoqué des réactions qui ne se lassent pas, aujourd’hui encore, de m’étonner. Qui de frôler l’insulte parce que je ne lui ai pas répondu sur FB, qui d’interpréter cette disparition – ou désapparition que je lui préfère infiniment – comme le signe de quelque catastrophe personnelle qui m’obligerait, qui de ne même pas s’en être aperçu, l’interaction d’autres sur d’anciens posts les relançant dans la timeline, faisant de ce compte une sorte de cimetière et de moi un ghost au même titre que tous ces morts dont les comptes continuent de vivre, mausolées de suites binaires de 0 et de 1 qui perdureront sans doute tant que Facebook existera… 

Donc non, je n’ai pas quitté FB suite à un drame ou une maladie, je ne suis pas non plus devenu fou – je veux dire, pas plus que je ne le suis naturellement – ni socialement suicidaire, pas plus que je ne boude qui que ce soit ou ai décidé d’aller élever des animaux aux tréfonds de quelque campagne du bout du monde, j’en ai juste fini avec ce réseau, comme il m’arrive souvent de tourner des pages de ma vie, rien de plus ni rien de moins, et pour être tout à fait honnête, j’aurais plutôt tendance à vous dire que je respire mieux et que ce temps retrouvé je le consacre à ceux et ce qui me sont essentiels pour, maintenant que le vent s’est levé, tenter de vivre encore un peu…

Matins blêmes…


Couverture du New Yorker par Malika Favre.


Je crois que c’est surtout par dépit que j’ai fini par accepter l’arrogance des petits matins blêmes que s’obstinent à m’imposer l’hiver et le monde. Par dépit ou par lassitude, je ne sais plus très bien, un peu des deux sans doute.

Les jurés du Nobel de Littérature ont attribué leur prix à Bob Dylan, la réseaux sociaux sphère s’est jetée dans la polémique comme une morte de faim sur le dernier bout de tofu laissé pour compte sur la table du banquet vegan aux premières lueurs d’une aube post premier débat télévisé de la primaire de la Droite, Asli Erdogan continue de croupir dans sa cellule turque, d’énièmes tribunes ont, comme chaque mois de septembre-octobre, paru dans les grands quotidiens pour dénoncer la politique des prix littéraires, le froid et l’humidité se sont installés dans les rues de Paris comme ces vieux amis qui nous insupportent mais qu’on reste incapable de virer, le tout petit maire de Béziers n’en finit plus de saturer de ses abjections l’atmosphère du pays tout entier sous l’œil compatissant et complice d’une gauche locale sombrant dans le populisme le plus misérable et il n’y a guère que la verve de Michèle Obama découpant Trump en bûchettes et peut-être l’humour décalé d’Edouard Baer revenu sur Nova le matin, qui réussissent à m’arracher un semblant de sourire crispé. Bref, qui du dépit ou de la lassitude l’emporte, je n’arrive pas bien à me décider.

Je parierai volontiers sur le dépit devant ce qu’il convient de comparer à un tsunami populiste submergeant d’une côte à l’autre l’Occident, comme si la mondialisation ne pouvait s’affirmer que par le pire, toujours soucieuse de ne promouvoir que la tendance forte du moment au cas où, sait-on jamais, il existerait un risque à ne pas le faire, de manquer une bonne affaire. Du dépit donc, certes, mais une immense lassitude aussi qui s’installe au fil des ans à nous voir patiner sur place, tout moteur ronflant, participant seulement à engrosser un peu encore le brouhaha du monde.

Dénoncer l’attribution du Nobel à Dylan ce n’est pas mépriser un art populaire, pas même vraiment discriminer un mode d’écriture par rapport à un autre, vouloir obstinément et peut-être même en parfait contresens de l’Histoire, réaffirmer la supériorité supposée du roman sur toutes les autres formes de littérature mais regretter que ce lieu unique à offrir suffisamment d’espace pour tenter de dire le singulier dans toute sa complexité et par là, celle du monde, atténuant ainsi quelque peu les effets délétères de l’uniformisation généralisée de tout et de tous, ait été snobé par l’un des rares outils qui lui permet encore de résister à la gigantesque vague de réduction et de simplification d’un monde tout entier asservi par les services de la communication et du marketing… Que par l’intermédiaire de Bob Dylan, la chanson soit enfin reconnue comme un art majeur à part entière, que le mot chansonnier ne traîne plus derrière lui la lourde connotation méprisante qui conforte un certain esprit petit bourgeois, bien, très bien, même, dommage que cela se fasse au détriment du beau nom de Littérature et avec lui, tout ce qu’il porte seul de moyens de dresser des digues face au torrent de la pensée unique en passe de nous engloutir définitivement, une horde de petits prélats réactionnaires et fascisant surfant sur sa crête, trop heureux de nous voir nous entre-déchirer sous leurs yeux torves et plus encore de nous constater suffisamment idiots pour saper l’une des rares armes qui leur soit si difficile à contrer, sauf à la dénier en la renvoyant au seul usage d’une élite intellectuelle petite-bourgeoise et mythologiquement méprisante ( Allez donc dire ça à London, Kerouac, Cendrars, Camus, Fante ou McLiam Wilson), qu’ils continuent de désigner comme L’ennemi des peuples… Croire qu’en défendant, drapé dans sa vertu, l’attribution du prix Nobel de littérature à Dylan – j’ai bien écrit l’attribution et non le génie de Dylan – on fait acte de résistance et d’honneur en se posant comme héraut de La culture populaire contre une certaine idée du snobisme(?), non seulement c’est commettre une lourde erreur, mais, pire, c’est sans aucun doute, peut-être par devers soi, mépriser celles et ceux que l’on prétend défendre et représenter et, dans le même mouvement, servir la soupe dans des assiettes de porcelaine aux pires salauds que cette époque ne cesse d’engendrer…


Cette ombre qui s’étend…

Le froid grinçant des hivers parisiens nous avait cueilli un peu à l’improviste, comme un vieux souvenir presque oublié. L’été indien avait tellement semblé ne jamais vouloir nous quitter que nous avions fini par le croire capable d’effacer la saison qui venait.

A. parti rejoindre les longs couloirs encaustiqués de son grand lycée, nous avons fini de nous préparer, moi m’accrochant à l’élégance sensuelle de ton corps souple porté par une jolie paires de bottines de cuir noir et aux lueurs nacrées de notre nuit tout juste achevée dont le goût sucré s’était longtemps accroché à ma bouche malgré le café et la douce fumée des premières clopes que j’enchainais toujours un peu frénétiquement dès l’aube, comme il m’arrivait si souvent de le faire ces dernières semaines alors que tant s’écroulait autour de moi. Pourtant je la détestais cette obligation au noir que nous imposait cette journée où je savais qu’à ces premiers frissons d’hivers se mêlerait la lourde tristesse d’un adieu contre nature, le poids de l’impuissance à ne pouvoir échapper ni à son irrémédiable réalité, ni à la nécessité de la célébrer… Le gris pâle chiné de bleu du ciel pesait sur nos pas au milieu des fines lames de froid que le vent du matin lançait vers nous tandis que nous marchions le long du grand stade où ma vie d’homme avait commencé, trente ans plus tôt. Je me disais qu’au pire, je pourrais toujours m’accrocher à ta voix portant les mots du dernier Muñoz Molina au milieu du brouhaha de la si longue route qui devait nous mener sur la grande île qui finissait par n’en être plus tout à fait une depuis qu’on l’avait rattacher de force au continent pour la commodité de la marée montante des estivants qui l’ensevelissait chaque été maintenant… Sur elle non plus, je n’avais plus mis les pieds depuis trente ans au moins, à l’occasion d’une autre Toussaint, lové sur le siège arrière d’une voiture familiale, dans la grisaille et l’humidité d’un autre mois d’octobre, il y avait si longtemps…


Je te regardais, lovée dans le siège de cuir beige de la Quattro emprunté à mes parents pour l’occasion, l’épaisseur du silence de cet habitacle cossu comme une ouate protectrice contre l’agressivité du monde extérieur, hétérotopie bourgeoise en parfait décalage avec ma vie de ces dernières années, perché sur ma colline de schiste, la mer comme unique point d’horizon, une certaine forme de misère comme compagne quotidienne – je dis une certaine forme parce que tu sais que je ne perçois plus la frugalité que m’imposent mes choix comme de la misère véritable, ne serait-ce que parce que je l’ai choisi – et je pensais au premier chapitre de La colonie carcérale qui t’avait semblé si décalé du texte comme du sujet… Et pourtant, quelques heures plus tard, attablé devant cette seiche et ses linguine à l’encre, sur l’une des îles les plus huppée de France, je te redirais combien, en réalité, ce premier chapitre ne l’est pas… Combien, si tant est que je continue de croire en la Littérature, en sa force incommensurable à pouvoir dire le monde et la vie, à faire surgir ne serait-ce que quelques bribes de vérité dans cette époque qui a fait du mensonge son credo, ne pas dire ce que cette injonction ou cette malédiction me coûte, quel prix je m’exténue à payer année après année, pourrait lui être – et donc m’être – préjudiciable. Évidemment, les mots de Muñoz Molina que tu continuais de me lire alors que nous roulions vers l’océan, tout au moins ceux de la partie autobiographique de son texte, les meilleurs à mon sens, n’étaient pas étrangers à ce remugle de sentiments qui m’assaillait, mon dernier texte en cours auquel je n’avais pas réussi à toucher depuis cinq mois en socle mouvant des pensées qui se mêlaient à ses aveux, plus vite que la berline ne nous conduisait vers notre si triste destination… J’aimais regarder du coin de l’œil la gracilité ferme de ton corps en partie caché sous ta douce étole blanche pour t’abriter du froid mordant qui entrait par bourrasque lorsque j’ouvrais les fenêtres pour fumer. Tes cheveux blonds, dans leur subtil arrangement de soin et de rébellion, qui ne pouvait plus me masquer cette part de tendre sauvagerie que j’avais la chance de connaître désormais, tombaient délicatement sur tes épaules, une mèche ou deux débordant sur tes grands yeux bleus joliment sertis de ces fines lunettes que je trouvais si incroyablement sexy me renvoyaient au tendre souvenir de notre nuit… Molina avait fait de Lisbonne le fil de son récit et moi je pensais que Barcelone serait peut-être le notre. Tu lisais et je nous revoyais l’année passée dans le bureau de Javier Cercas alors que nous l’interviewions à deux voix comme on écrit à quatre mains, quand nous buvions ces bières sur la petite place qui jouxte la rue de son bureau juste après, ton pas décidé dans le hall de l’aéroport lorsque j’étais venu te récupérer quelques heures auparavant, la belle certitude de ta démarche, le claquement de tes talons qui résonnaient à mes oreilles comme le chant du désir au milieu du chaos babélien que seuls les grands aéroports internationaux sont capables de produire. Je me souvenais de la petite cour de notre appartement situé dans Example, des margaritas bleues sirotées dans la nuit dense de ce mois de juillet, du plaisir plein de sueur que nous avions partagé dans la moiteur de l’après-midi, sur le canapé du salon… Je m’accrochais à tous ces souvenirs comme un naufragé aux restes de son bateau pour ne pas penser à ce minuscule cercueil de nacre que nous accompagnerions en terre quelques heures plus tard, à la tristesse insondable de tes amis qui peu à peu deviennent les miens, à cette rage que je sens poindre en pensant aux trahisons politiques dont sont victimes ceux que j’ai laissé derrière moi en venant te rejoindre, à la haine qui croît sans que rien ne semble vouloir s’y opposer, à mon refus de céder à la tentation de comparer ce temps aux années trente du siècle dernier. Je pensais à tout cela et aujourd’hui mes doigts courent sur l’écran de ma si nécessaire petite tablette où s’alignent ces mots qui me sont aussi vitaux que tes caresses dans la torpeur de cet hiver non climatique qui vient et auxquels nous devrons bientôt faire face ensemble…

Reflet(s)…


Je l’avais vu, ses mains dans les poches, traîner sa lassitude d’avoir, quinze ? Peut-être seize ans, ses baskets raclant la poussière du jardin, essayer de mettre une tête décroisée à la basse branche de l’arbre qui pesait de toute son ombre sur la pelouse. Je l’avais vu sans doute autant que je m’étais vu, là, à sa place, trente ans plus tôt, opérer le même geste exactement, au même endroit, le poids de la tristesse enfonçant mes pieds dans le sable jaune des allées du jardin de la Médicis… Trente ans… 

Et depuis ? Depuis je m’étais allégé de cette tristesse immense, de ce poids qui encombrait chacun de mes gestes, ralentissait mes mouvements au point que je finissais par croire que c’était ça, vivre, avancer au ralenti au milieu des autres pris dans cette folle course à la réussite, ce défi qu’il aurait fallu relever pour ? Pour quoi faire déjà ? Pour qui ? Pour plaire à qui ? Trente ans plus tard je n’ai d’ailleurs toujours pas compris, traînant à nouveau là, dans les mêmes allées, ne possédant rien de plus que ce que je possédais à l’époque, rien de plus à l’exception de cette irrépressible passion de vivre qui me tient lieu d’antidote face à toutes les injonctions, me préserve de toutes les compromissions, la Littérature comme unique horizon, cette sentence de Debord en boussole : « Pour savoir écrire, il faut savoir lire, pour savoir lire, il faut savoir vivre… »

Chapiteaux du Livre – Chronique 3 – La Victoire de Samothrace


Au saut du lit ( saut du lit : figure acrobatique fantasmée par tout homme vaincu la veille au soir par un Glenfiddich roublard et musclé, consistant, au réveil, à passer d’un coup d’un seul de la station horizontale à la station verticale.) en regardant rouler au-dessus de mon crâne écrasé par l’angelus hystérique venu de l’épais cul d’une bouteille écossaise, les lourds et cotonneux nuages gris et noirs qui s’amoncelaient, je me disais qu’il ne manquait plus que ça pour nous achever. Un dimanche glauque et trempé, clouant les derniers visiteurs téméraires au fond de leurs tanières douillettes. 

Il était 7h23, j’étais plus tombé de mon lit que je n’en avais sauté, aussi lourd et barbouillé que le ciel chapeautant la terrasse vide du manoir – comme avec A. nous avions fini par surnommer la maison de Gilles et Virginie, ses chambres gigantesques et ses patios romantiques, conglomérat de cartons et d’outils de chantier où nous avions passé tant de soirées heureuses ces derniers mois – où j’étais venu me réfugié pour ces quatre jours, incapable – au fond je le savais – de retourner au moulin dont j’avais sans doute fermé une ultime fois la grille quelques semaines auparavant…

Les petits yeux d’aigle des Balkans, bleus et perçants, de colossal Čolić, son grand corps ample occupant irrémédiablement l’espace, surnageaient au milieu de la brume éthylique d’un lendemain de cuite aussi triste que j’avais tenté un peu artificiellement de la rendre joyeuse, déniant ce que je venais moi-même d’écrire et ce que je ne cessais de répéter à loisir depuis que les êtres comme les lieux m’avaient confié leur pouls.

J’avais beau savoir redoutables les colères de Jean, sa détermination pugnace qui avait su faire naître ce lieu du cœur des ruines de la splendeur biterroise passée et à jamais perdue – et toutes les actions culturelles qui en avaient découlé depuis dix ans – je n’arrivais pas à me défaire de l’idée que, de toute façon, quelque soit l’issue de cette bataille absurde qui s’était engagée, là, et au milieu de laquelle nous pataugions tous désormais, toute victoire ne pourrait, au mieux, que ressembler à la statue de Samothrace, fière mais étêtée, sans bras, une aile en moins et dépouillée de tout attribut habituellement prêté à cette déesse antique dont les vestiges de marbre trônent aujourd’hui à la seule place qui leurs reste : dans la salle d’un musée, là où survivent les œuvres d’art devenues biens culturels du peuple, c’est à dire parfaitement inoffensives.


Toute guerre civile laisse derrière elle des plaies à jamais ouvertes, traces indélébiles dans la mémoire de celles et ceux contraint de la subir. C’est ce que tentera de nous rappeler, fou de cette colère contenue que rien ne peut apaiser, Velibor Čolić, Velibor le Bosniaque, Velibor le migrant, Velibor l’exilé qui ne se privera pas de dire à l’assemblée venue l’écouter qu’à prêter aux Yougos plus de bêtise que nous ne nous en prêtons à nous-mêmes, nous risquions de bien mauvaises surprises… Il rappèlera les mosquées, les églises – catholiques et orthodoxes – et les synagogues qui avaient si longtemps vécues en harmonie, la fragilité de ces équilibres, le précieux de ce vivre ensemble, le prix qui l’en coûte de l’oublier… 

​Mais sans doute que l’expérience de la guerre, comme celle de la pauvreté – je veux dire, la vraie, celle qui vous oblige à compter chaque centime, à penser longuement chacun de vos choix, pas le senti-ment de celle-ci qui nous pousse à nous apitoyer sur notre sort lorsqu’on s’estime, ne serait-ce que partiellement, exclu de l’hyperconsommation – ne peut se transmettre réellement, qu’au mieux, en croyant de toutes ses forces en la Littérature et, dans le meilleur des cas, en parvenant à en faire un tout petit peu, parvient-on à en laisser pressentir quelque chose, presque rien, infiniment moins que ce qu’elles sont en réalité, mais quelque chose tout de même. C’est ce que nous nous disions avec Velibor, tandis qu’au déjeuner, dimanche midi, pince sans rire, il tentait de nous expliquer que lorsqu’on a été pauvre, on accepte toujours et par réflexe, tout ce qui est gratuit, après avoir été le seul de la tablée à avoir souscrit avec un enthousiasme de gosse à la proposition de sauce au foie gras que venait de nous faire la jeune serveuse de Régina. L’après-midi même, c’est le même désespoir têtu que j’entendrais sortir de sa bouche tandis qu’il parlerait de sa guerre et du jour où, pour lui, l’Humanité pris fin, le 18 mai 1992. Le même désespoir têtu à tenter de nous faire entendre que nous sommes en train de jouer gros sans mesurer le prix que nous pourrions avoir à payer pour l’ensemble de ces petites lâchetés dont nous ne cessons de nous rendre coupable depuis quelques années, sans doute persuadés que nous, et cette France éternelle que nous avons la médiocrité de croire incarner, ne sera jamais ni l’ex-Yougoslavie, ni l’Algérie des années noires… Pourtant, peu à peu, ce sont bien les conditions de la guerre civile que nous sommes en train de réunir, les conditions de la destruction pure et simple de ce fragile vernis de civilisation qui fait miraculeusement tenir ce vivre ensemble de plus en plus ouvertement moqué par les bonnes âmes si supérieures qui se répandent partout où elles le peuvent et jouent solo, partout où il faudrait jouer ensemble… Puisse l’avenir proche me donner tort et faire de moi, comme des quelques rares amis que je me reconnais en ces temps monstrueux, de pauvres Cassandre illuminées… Dans le cas contraire, je sais que ce qui nourrira principalement ma colère, tiendra à ce simple fait d’être contraint par la lâcheté des ânes à patauger dans ce merdier infâme…
Thierry Guichard et Velibor Čolić


À lire : Manuel d’exil de Velibor Čolić, Gallimard 2016.